Le régatier suisse Joshua Schopfer a franchi la ligne d’arrivée de la Mini Transat dimanche 9 novembre à Saint-François (Guadeloupe) après 15 jours, 7 heures, 18 minutes et 28 secondes de course en solitaire et sans assistance. À bord de son voilier Mingulay (Mini 1028), il termine 5ᵉ de la catégorie Série, à seulement 7h39 du vainqueur, un très beau résultat au vu du plateau relevé de cette édition. Découvrez les temps forts de sa course!
© Manon Le Guen
Saint-François (Guadeloupe), le 12 novembre 2025 – Partis de La Palma dans des conditions de vent léger, Joshua Schopfer et ses 87 concurrents (57 en voiliers de Série et 30 en Protos) ont commencé par naviguer plein sud en direction d’un waypoint situé au nord des îles du Cap Vert, destiné à leur faire éviter une dépression très violente située plus au nord.
Lors de la deuxième nuit de course, alors qu’il évoluait aux alentours de la dixième place, Joshua a soudain entendu le grondement caractéristique d’un bateau à moteur; un bateau de pêche, qui naviguait sans AIS, de nuit, et qui est passé à quelques mètres devant son étrave… Un choc émotionnel assez violent pour Joshua! « J’ai vraiment eu peur de tout perdre, ça tient à rien cette Mini-Transat! J’ai perdu un peu de lucidité à ce moment », confesse-t-il. « Suite à cela, je suis parti un peu trop loin dans le sud après le way point, ce qui m’a fait perdre du terrain sur mes concurrents directs. »
Après cette mésaventure, le marin genevois a connu une phase de très belle remontée. Porté par les alizés, il a trouvé un excellent rythme de navigation, naviguant à pleine vitesse sous spi en direction de l’Ouest, alternant les empannages au fil des bascules de vent et remontant ses concurrents les uns aprè les autres jusqu’à se retrouver à la deuxième place, à une quinzaine de milles du leader Paul Cousin.
« J’étais au courant de mon évolution au classement, et ça m’a beaucoup motivé », raconte-t-il. « La navigation était très intense, avec des surfs magiques sur les grandes vagues de l’Atlantique, ponctuée de siestes de 30 minutes au maximum. »
La flotte des 87 concurrents encore en course s’étire alors progressivement au sud de l’orthodromie, les leaders de la course menant un train d’enfer et creusant une avance conséquente sur leurs poursuivants. Les jours et les nuits se succèdent, les marins sont désormais dans leur « bulle », complètement isolés du reste du monde, plongés dans leur quotidien fait de réglages, de longues sessions de barre, et de nombreuses réparations: le matériel souffre!
« A trois jours de l’arrivée, je naviguais sous spi max à pleine vitesse, par 25 noeuds de vent, c’était absolument dingue. Je partais au lof très régulièrement, mais j’allais très vite, peut-être un peu trop… A un moment, j’ai enfin décidé de changer de spi. Avec la fatigue et un certain manque de lucidité, j’ai raté ma manoeuvre, le spi est tombé à l’eau, il est passé sous la coque, s’est pris dans les safrans (partie immergée des gouvernails). J’ai vu le bout-dehors qui commençait à se tordre, il allait exploser mais j’ai juste réussi à lâcher l’amure à temps. L’effort s’est reporté sur le mât, avec une tension folle puisque le spi était toujours derrière le bateau, il charriait des tonnes d’eau. Il m’a fallu un petit moment pour tout remettre en ordre. Par miracle, le spi n’était pas déchiré, mais moi j’étais épuisé. »
Joshua réalise alors que son étai (le câble qui retient le mât sur l’avant) est endommagé, et détoronné à plusieurs endroits. Il s’en est fallu de très peu qu’il ne perdre son mât.
« J’ai sécurisé le mât puis repris ma route, mais à partir de ce moment je n’ai jamais réussi à retrouver mon rythme et mes adversaires directs m’ont rattrapés. »
Joshua est resté au contact du groupe de tête jusqu’à la fin, franchissant la ligne d’arrivée 7h40 derrière le grand vainqueur Paul Cousin et à moins de vingt minutes du quatrième. « Les quatre grands favoris terminent juste devant moi », souligne Joshua. « Je suis extrêmement fier d’avoir tenu le rythme et d’avoir pu me battre avec eux jusqu’au bout. Je suis aussi très heureux d’être ici en Guadeloupe, et d’être parvenu à traverser l’Atlantique en Solitaire. C’est une sensation extraordinaire. Et pour moi, c’est l’aboutissement d’un rêve. »